Sans intégration, l’État perd : la Ré-Immigration, et non la rémigration, contre l’illusion économiciste


Depuis plusieurs années, la question migratoire est abordée presque exclusivement sous un angle économiciste. L’immigration est présentée comme une réponse mécanique au vieillissement démographique et aux pénuries de main-d’œuvre, réduisant des trajectoires humaines complexes à de simples variables d’ajustement du marché du travail. Cette approche peut sembler pragmatique, mais elle est aujourd’hui profondément insuffisante et, à terme, déstabilisatrice pour l’État.

La France, comme l’ensemble des pays européens, fait face à une transformation démographique durable. Le vieillissement de la population, la baisse de la natalité et la pression croissante sur les systèmes de protection sociale rendent le recours à l’immigration de plus en plus fréquent dans le discours public. Mais reconnaître une nécessité démographique ne signifie pas renoncer à gouverner les flux. Au contraire, plus l’immigration devient structurelle, plus elle doit être encadrée par des règles claires et assumées.

L’erreur centrale de la vision économiciste est de supposer que l’emploi suffit à produire l’intégration. L’expérience démontre pourtant que le travail, s’il est un facteur d’autonomie matérielle, ne garantit ni l’adhésion aux règles communes, ni l’appropriation des valeurs républicaines, ni le respect effectif de l’ordre juridique. L’intégration n’est pas un processus automatique. Elle suppose un engagement réciproque entre l’individu et l’État.

C’est pourquoi toute politique migratoire cohérente doit commencer par une sélection à l’entrée. L’État ne peut se limiter à répondre à des besoins économiques immédiats. Il doit admettre en priorité des personnes qui manifestent une réelle disposition à s’intégrer dans la société d’accueil, à en respecter les lois et à en accepter les principes fondamentaux. Entrer sur le territoire national ne constitue pas un fait neutre, mais le début d’un lien juridique et civique exigeant.

Le second échec du modèle actuel réside dans la quasi-automaticité de la permanence. Dans de nombreux systèmes européens, une fois l’entrée réalisée, le séjour devient de fait irréversible, indépendamment du résultat du parcours d’intégration. L’intégration est souvent présentée comme un objectif souhaitable, mais rarement comme une condition juridique. Les conséquences sont désormais visibles : fragmentation sociale, difficultés d’intégration des secondes générations, phénomènes de délinquance juvénile et perte de confiance dans la capacité de l’État à faire respecter ses propres règles.

C’est dans ce contexte qu’émerge le paradigme de la Ré-Immigration. Il ne s’agit pas d’un refus de l’immigration, mais d’une volonté de la gouverner dans le temps. La Ré-Immigration repose sur un principe simple, mais essentiel : la présence durable sur le territoire n’est pas inconditionnelle. Elle dépend de l’intégration réelle et vérifiable de la personne dans la communauté juridique et civique.

La Ré-Immigration ne relève pas d’une logique punitive. Elle constitue un mécanisme d’équilibre. Elle vise à éviter que l’immigration, nécessaire sur le plan démographique, ne produise à moyen terme une population durablement présente mais extérieure au pacte social. Sans cette exigence, l’immigration risque de fragiliser l’État au lieu de le renforcer.

Il est ici indispensable de dissiper une confusion fréquente. La Ré-Immigration n’est pas la rémigration. La rémigration, entendue comme un retour massif ou fondé sur des critères identitaires, relève davantage du slogan que de la politique publique. Elle ignore les contraintes juridiques, la réalité démographique et le caractère désormais pluriel des sociétés occidentales. Dans des États de droit complexes, elle se révèle institutionnellement impraticable et, en définitive, futile.

La Ré-Immigration, au contraire, est individuelle, sélective et fondée sur le comportement. Elle ne vise ni des groupes ni des origines, mais des parcours. Elle repose sur une idée centrale : l’intégration n’est pas optionnelle. Elle est la condition même de la permanence.

Si l’immigration est appelée à jouer un rôle dans l’avenir démographique et économique des États européens, alors l’intégration doit devenir une obligation réelle, assortie de conséquences juridiques effectives. À défaut, l’État perd sa capacité de régulation, sa crédibilité et, à terme, sa légitimité.

Sans intégration, l’État perd. La Ré-Immigration n’est pas une posture idéologique, mais une réponse réaliste à une crise de gouvernance migratoire qui ne peut plus être éludée.

Avv. Fabio Loscerbo
Lobbyiste – Registre de transparence de l’Union européenne
ID 280782895721-36


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