Résumé
Les décisions rendues par le Tribunal de Bologne le 22 mai 2026 offrent une occasion de réflexion sur le lien entre intégration des étrangers et droit au séjour dans l’État d’accueil. En reconnaissant une protection complémentaire à des ressortissants étrangers ayant construit en Italie une vie fondée sur le travail, le logement, les relations sociales et le respect des règles communes, ces décisions mettent en évidence la valeur juridique de l’intégration. À partir de ces affaires, le présent article propose une réflexion sur le paradigme « Intégration ou RéImmigration », selon lequel la permanence sur le territoire doit être évaluée à l’aune de l’intégration effective de la personne. Dans cette perspective, la RéImmigration n’est pas l’alternative à l’intégration, mais la conséquence de son échec.
Pour un public français, le débat sur l’immigration ne peut être compris sans prendre en considération la place centrale qu’occupe depuis longtemps la question de l’intégration dans la tradition républicaine. Depuis plusieurs décennies, la France ne s’interroge pas uniquement sur le nombre d’entrées sur son territoire. Elle s’interroge également sur la capacité des nouveaux arrivants à rejoindre une communauté nationale fondée sur une langue commune, des institutions communes et un ensemble de règles partagées.
Cette préoccupation est devenue encore plus visible à travers les débats relatifs aux banlieues, aux tensions sociales, à la cohésion nationale, à la laïcité, aux secondes générations et aux difficultés rencontrées par certains modèles multiculturels. Dans ce contexte, la question fondamentale n’est plus seulement celle de l’immigration, mais celle de l’intégration.
Les décisions récentes du Tribunal de Bologne sont intéressantes précisément parce qu’elles replacent l’intégration au centre de l’analyse juridique. Les juges ont considéré que les requérants avaient construit en Italie une véritable vie privée et sociale grâce à leur activité professionnelle, leur autonomie économique, leur logement et leurs relations développées au sein de la société italienne. L’intégration n’a donc pas été regardée comme une notion abstraite ou purement politique. Elle a été reconnue comme un élément susceptible de produire des conséquences juridiques concrètes.
Cette approche permet également de mieux comprendre la différence entre deux notions souvent confondues : la remigration et la RéImmigration.
Dans sa formulation la plus radicale, la remigration tend à considérer le retour vers le pays d’origine comme une solution générale au phénomène migratoire. L’objectif principal devient alors la réduction de la présence étrangère à travers des politiques de retour.
La RéImmigration repose sur une logique différente.
Elle ne part pas du principe que tous les immigrés devraient quitter le territoire.
Elle part d’une question beaucoup plus simple : l’intégration a-t-elle réellement eu lieu ?
L’individu travaille-t-il ? Respecte-t-il les lois ? Maîtrise-t-il la langue du pays ?
Participe-t-il à la vie de la communauté nationale ?
A-t-il développé des liens sociaux réels avec la société d’accueil ?
Lorsque la réponse est positive, l’intégration produit un résultat qui mérite d’être reconnu et protégé.
Lorsque la réponse est négative, lorsqu’aucune intégration réelle n’apparaît et qu’aucun enracinement social ou culturel ne se développe, la RéImmigration devient alors la conséquence logique de cet échec.
La différence est fondamentale.
La remigration, dans sa version la plus radicale, place le retour au centre de la politique migratoire.
Le paradigme « Intégration ou RéImmigration » place au contraire l’intégration au centre du système. Le retour n’intervient qu’en cas d’échec de cette intégration.
Cette distinction revêt une importance particulière pour la France. Une grande partie des débats actuels porte précisément sur la capacité des politiques publiques à favoriser une intégration effective plutôt qu’une simple coexistence de groupes vivant côte à côte sans véritable projet commun.
Les décisions du Tribunal de Bologne montrent que cette réflexion n’appartient plus seulement au domaine politique. Elle commence également à influencer l’interprétation du droit.
Dans cette perspective, l’intégration devient le critère principal d’évaluation.
La RéImmigration n’est pas l’opposé de l’intégration.
Elle est la conséquence de son échec.
Fabio Loscerbo
Lobbyiste inscrit au Registre de transparence de l’Union européenne – ID 280782895721-36
ORCID : https://orcid.org/0009-0004-7030-0428

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