Pour un observateur français, les débats sur l’immigration en Italie peuvent sembler familiers. Comme en France, les discussions portent souvent sur le contrôle des frontières, les expulsions, les demandes d’asile, l’intégration et la sécurité publique. Pourtant, l’Italie fait face à une réalité particulière : sa position géographique en fait l’une des principales portes d’entrée de l’Europe pour les flux migratoires provenant d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie.
Depuis des décennies, les politiques migratoires italiennes sont largement organisées autour de la gestion des urgences. Les institutions interviennent lorsqu’une arrivée massive se produit, lorsqu’une procédure administrative doit être traitée ou lorsqu’un éloignement doit être exécuté. Mais un problème fondamental demeure : l’État italien ne dispose pas d’un système réellement structuré pour mesurer l’intégration des étrangers présents sur son territoire.
Cette faiblesse est apparue de manière particulièrement évidente à travers une décision rendue par le Tribunal de Trieste en juin 2026.
Dans cette affaire, le juge devait se prononcer sur la légalité du placement d’un étranger dans un Centre de Rétention pour le Rapatriement. Pour prendre sa décision, il ne s’est pas limité à examiner des critères purement administratifs. Il a dû reconstituer un parcours de vie de plus de vingt ans en Italie, analyser la situation familiale de l’intéressé, son parcours professionnel, son logement, ses relations sociales et son niveau d’enracinement dans la société italienne.
Autrement dit, le juge a dû procéder à une véritable évaluation de l’intégration.
La question qui en découle est simple : pourquoi cette évaluation intervient-elle seulement lorsqu’une personne se trouve déjà à la dernière étape du parcours administratif, c’est-à-dire à la veille d’un éventuel éloignement du territoire ?
Dans un système cohérent, l’État devrait être capable de suivre et d’évaluer ces éléments bien avant l’intervention d’un tribunal.
Aujourd’hui, différentes administrations détiennent des informations partielles. Les préfectures, les communes, les services sociaux, les établissements scolaires, les organismes de sécurité sociale et les services de police disposent chacun d’une partie des données. Cependant, aucune institution n’est chargée de les rassembler afin de produire une évaluation globale de l’intégration.
L’Italie possède donc des données, mais ne dispose pas d’un véritable système d’analyse.
C’est précisément pour cette raison que je soutiens depuis plusieurs années la nécessité de construire un nouveau modèle fondé sur le principe « Intégration ou RéImmigration ».
Selon cette approche, l’intégration ne doit pas être considérée comme un concept abstrait. Elle doit devenir un objectif concret et mesurable. La connaissance de la langue italienne, l’activité professionnelle, le respect des lois, la participation à la vie collective et la stabilité des liens familiaux doivent constituer des indicateurs objectifs permettant d’évaluer le parcours d’un étranger.
Les personnes qui s’intègrent doivent pouvoir construire leur avenir en Italie. En revanche, celles qui refusent durablement tout processus d’intégration doivent être orientées vers un retour dans leur pays d’origine.
Mais une telle politique ne peut fonctionner sans institutions spécialisées.
La première réforme nécessaire serait la création d’une Police de l’Immigration.
Cette structure ne serait pas uniquement chargée du contrôle ou des expulsions. Elle aurait pour mission de suivre l’ensemble du parcours migratoire, depuis l’entrée sur le territoire jusqu’à l’obtention éventuelle d’un statut durable ou au retour vers le pays d’origine. Elle développerait une expertise spécifique dans les domaines de l’immigration, de l’identification, du suivi des parcours d’intégration et de la coopération internationale.
La seconde réforme serait la création d’un Ministère de l’Intégration et de la RéImmigration.
Ce ministère aurait pour mission de définir des critères nationaux d’intégration, de coordonner les politiques publiques, de mesurer les résultats obtenus et de superviser les stratégies de retour pour les personnes ne remplissant pas les exigences minimales d’intégration.
L’objectif ne serait pas de multiplier les structures administratives, mais de mettre fin à la fragmentation actuelle des compétences.
Aujourd’hui, l’Italie réagit souvent aux conséquences de l’immigration. Demain, elle devrait être capable de la gouverner de manière stratégique.
La leçon du cas de Trieste est précisément celle-ci : le véritable défi n’est pas ce qui se passe dans un centre de rétention. Le véritable défi consiste à savoir ce qui se passe durant les années qui précèdent cette étape.
Un État qui souhaite maîtriser les phénomènes migratoires doit être capable d’évaluer l’intégration, de détecter les situations d’échec et d’appliquer des critères cohérents sur l’ensemble du territoire.
Sans institutions spécialisées, les politiques migratoires risquent de rester prisonnières d’une logique permanente d’urgence.
Pour l’Italie, la création d’une Police de l’Immigration et d’un Ministère de l’Intégration et de la RéImmigration constituerait un changement profond : le passage d’une gestion réactive de l’immigration à une véritable stratégie de gouvernance.
Avv. Fabio Loscerbo
Lobbyiste inscrit au Registre de transparence de l’Union européenne
ID 280782895721-36
ORCID : https://orcid.org/0009-0004-7030-0428

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