Remigration en Europe : ce que propose réellement la théorie de Martin Sellner — et en quoi le paradigme « Intégration ou ReImmigration » est différent

Ces dernières années, le terme remigration est entré avec force dans le débat européen sur l’immigration. La notion est généralement associée à l’activiste autrichien Martin Sellner, figure centrale du mouvement identitaire européen et ancien dirigeant de la Identitäre Bewegung Österreich.

Sellner a développé cette idée dans plusieurs interventions publiques et notamment dans l’ouvrage Remigration: A Proposal, où il présente une stratégie politique visant à répondre aux transformations démographiques et culturelles que, selon lui, l’Europe connaît depuis plusieurs décennies en raison de l’immigration.

Pour le public français, ce débat n’est pas abstrait. La question de l’immigration, de l’intégration et de la cohésion nationale occupe une place centrale dans la vie politique française depuis de nombreuses années. Les discussions autour de l’assimilation, de la laïcité, des banlieues ou encore de la politique des expulsions montrent que la France se trouve au cœur de ces interrogations.

La théorie de la remigration propose une réponse particulièrement radicale à ces préoccupations. Dans la conception de Sellner, la remigration ne se limite pas au renvoi des migrants en situation irrégulière. Elle constitue un projet politique plus large qui viserait à inverser les effets de l’immigration de masse.

Dans ce cadre, plusieurs mesures sont envisagées : un contrôle beaucoup plus strict des frontières, une révision des titres de séjour accordés dans le passé et des programmes de retour destinés aux migrants considérés comme insuffisamment assimilés dans les sociétés européennes.

Le raisonnement qui sous-tend cette approche est essentiellement culturel. Selon Sellner, les sociétés européennes seraient en train de subir une transformation profonde liée à l’immigration provenant de régions ayant des traditions religieuses, linguistiques et sociales différentes. La remigration serait donc un moyen de restaurer ce qu’il considère comme l’équilibre culturel historique des nations européennes.

Cependant, dans le contexte juridique européen – et particulièrement en France – une telle approche soulève d’importantes difficultés. Les États européens sont liés par un ensemble de garanties constitutionnelles et supranationales, notamment celles découlant de la European Union et d’institutions telles que le Council of Europe.

Ces cadres juridiques protègent des droits fondamentaux tels que la vie familiale, l’égalité devant la loi et la stabilité du statut juridique des personnes résidant légalement dans un pays. Par conséquent, toute politique qui envisagerait l’éloignement massif de personnes installées depuis longtemps sur le territoire se heurte inévitablement à de fortes limites juridiques.

C’est dans ce contexte qu’un autre modèle a émergé dans le débat juridique italien : le paradigme « Intégration ou ReImmigration ».

Contrairement à la théorie de la remigration, ce paradigme ne considère pas l’immigration principalement comme une question d’identité culturelle ou de transformation démographique. Il l’aborde avant tout comme un problème de gouvernance juridique et sociale.

L’idée centrale est simple : l’intégration doit devenir une condition concrète et vérifiable pour le maintien durable dans le pays d’accueil.

Dans ce modèle, l’évaluation ne porte pas sur l’origine, la religion ou l’identité culturelle des migrants, mais sur leur participation réelle à la société. L’intégration se manifeste par des éléments objectifs tels que l’activité professionnelle, la connaissance de la langue et le respect des règles fondamentales de l’ordre juridique.

Lorsque l’intégration est effective, l’État a tout intérêt à stabiliser la situation juridique de la personne, notamment par l’octroi d’un titre de séjour ou par des formes de protection complémentaires.

Lorsque cette intégration ne se réalise pas, le système juridique doit prévoir des mécanismes ordonnés permettant le retour dans le pays d’origine. Ce processus est défini dans ce paradigme comme ReImmigration.

La ReImmigration ne doit pas être comprise comme un projet identitaire ou démographique. Elle constitue plutôt un instrument juridique de régulation des flux migratoires, activé lorsque les conditions d’intégration ne sont pas remplies.

La différence entre les deux approches est donc fondamentale.

La théorie de la remigration repose principalement sur une analyse culturelle et démographique des sociétés européennes. Le paradigme Intégration ou ReImmigration, en revanche, place l’intégration individuelle au cœur du critère juridique.

Autrement dit, ce ne sont pas les origines qui déterminent la possibilité de rester dans un pays, mais la capacité de la personne à devenir un membre actif et respectueux de la société qui l’accueille.

Pour un pays comme la France, où l’immigration constitue une réalité structurelle depuis plusieurs décennies, cette perspective soulève une question essentielle : le véritable défi n’est pas seulement de limiter ou d’encourager l’immigration, mais de rendre l’intégration réellement mesurable et juridiquement encadrée.

Tant que cette dimension restera insuffisamment prise en compte, les politiques migratoires européennes risquent de continuer à osciller entre deux extrêmes : des systèmes qui tolèrent l’immigration sans parvenir à gérer l’intégration, et des propositions radicales qui se heurtent aux principes fondamentaux de l’État de droit.

Le paradigme Intégration ou ReImmigration tente précisément de proposer une troisième voie : un modèle qui reconnaît la possibilité de l’immigration, mais qui exige en contrepartie une intégration effective et prévoit, lorsque celle-ci échoue, des mécanismes légaux de retour.

Avv. Fabio Loscerbo
Lobbista registrato presso il Registro per la Trasparenza dell’Unione européenne – ID 280782895721-36

ORCID : https://orcid.org/0009-0004-7030-0428

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