Violence juvénile et “secondes générations” en Italie :quand les étiquettes échouent, la responsabilité devient centrale

Depuis plusieurs mois, l’Italie est confrontée à une recrudescence de violences commises par des groupes de jeunes dans les espaces urbains. Le débat public s’est rapidement cristallisé autour de termes imprécis et souvent idéologiques : baby gangs, maranza – un mot issu de l’argot désignant certaines sous-cultures juvéniles agressives – et secondes générations.

Pour un lecteur français, cette controverse n’est pas étrangère. Elle rappelle les discussions récurrentes en France sur la sécurité, les quartiers, l’intégration et le rapport entre causes sociales et responsabilité individuelle. Ce qui distingue toutefois le cas italien n’est pas tant le phénomène que la manière de l’aborder : le débat se perd dans les mots, au lieu de se concentrer sur la gouvernance du problème.

Une partie importante du discours médiatique explique la violence juvénile principalement par des facteurs sociaux et identitaires. Les comportements violents sont présentés comme la conséquence d’une « identité niée », en particulier chez les jeunes issus de l’immigration nés ou élevés en Italie. Il ne s’agit pas de nier l’existence de difficultés sociales réelles. Le glissement problématique intervient lorsque l’analyse se transforme en justification implicite.
Dans un État de droit, la violence ne peut jamais être interprétée comme une réaction compréhensible à un malaise identitaire. La règle précède l’appartenance. La responsabilité juridique ne varie pas selon l’origine ou le vécu subjectif.

Un autre argument fréquemment avancé consiste à affirmer que les baby gangs n’existent pas en tant que catégorie juridique, puisqu’il s’agirait d’une construction médiatique. L’observation est juridiquement exacte, mais politiquement stérile. Le droit n’a pas besoin d’étiquettes journalistiques pour intervenir. Qu’il s’agisse de groupes structurés ou d’agrégations informelles, les faits demeurent : violences répétées, intimidation, atteinte à la sécurité collective. La querelle terminologique devient alors un moyen d’éviter toute décision politique claire.

Le cœur du problème réside dans une conception erronée de l’intégration. En Italie, comme ailleurs en Europe, l’intégration est souvent décrite comme un processus psychologique ou émotionnel, une reconnaissance symbolique censée produire spontanément l’adhésion aux règles communes. Cette vision est juridiquement intenable.
L’intégration n’est pas un sentiment. C’est une condition. Elle se démontre dans la durée par le respect des lois, la participation effective au système scolaire, la reconnaissance de l’autorité publique et l’absence de comportements violents. Lorsque ces éléments font défaut, il ne s’agit pas d’une intégration inachevée, mais d’un échec.

Cette confusion se retrouve également dans le débat sur la citoyenneté. Certains soutiennent qu’un accès plus rapide à la nationalité permettrait de résoudre les tensions en renforçant le sentiment d’appartenance. Or, dans toute démocratie constitutionnelle, la citoyenneté n’est pas un outil thérapeutique. Elle est l’aboutissement d’une intégration réussie, non un substitut à celle-ci. Accorder des droits pleins sans responsabilité préalable affaiblit le pacte civique au lieu de le renforcer.

À l’inverse, certaines narrations alarmistes décrivent la violence juvénile comme une forme d’« invasion » ou de « siège » urbain, en établissant un lien direct entre criminalité et origine migratoire. Cette approche est tout aussi dangereuse. Elle remplace la responsabilité individuelle par une suspicion collective et fragilise les principes d’égalité devant la loi. Le problème n’est pas l’origine. Le problème est l’échec de l’intégration dans un cadre juridique commun.

C’est dans ce contexte que le paradigme « Integrazione o ReImmigrazione » doit être compris. ReImmigrazione n’est pas un terme traduit ni transposable : c’est un concept politique et juridique précis, qui désigne la conséquence institutionnelle du refus ou de l’échec durable de l’intégration. Il ne s’agit ni d’un slogan ni d’une posture idéologique, mais d’un cadre de gouvernance fondé sur un principe classique du droit public européen : la conditionnalité.

La présence durable sur le territoire n’est pas neutre. Elle repose sur le respect effectif de règles essentielles de coexistence. Dans ce paradigme, l’intégration cesse d’être une abstraction morale et devient un processus vérifiable. Les parcours scolaires, éducatifs et les mesures alternatives prévues notamment pour les mineurs ne sont plus de simples gestes symboliques, mais des instruments permettant d’évaluer l’adhésion réelle au contrat social. Inversement, la ReImmigrazione n’est pas conçue comme une sanction morale, mais comme la conséquence juridique du non-respect répété des conditions de séjour, appliquée dans le respect des garanties procédurales et des droits fondamentaux.

Ce cadre présente un avantage décisif : il évite à la fois l’excuse sociologique et la stigmatisation identitaire. Il vise les comportements, non les origines. Il rétablit la cohérence de l’action publique en reconnectant sécurité et intégration. La sécurité devient la condition de l’intégration, et l’intégration réussie devient le fondement de la stabilité sociale.

Ainsi, le phénomène aujourd’hui désigné en Italie par des termes flous n’a pas besoin d’être nié ni dramatisé. Il doit être gouverné. Et ce qui peut être gouverné peut, à terme, être résolu.

Avv. Fabio Loscerbo
Avocat – Barreau de Bologne
Lobbyiste inscrit au Registre de transparence de l’Union européenne
ID 280782895721-36

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