Quand l’intégration échoue, l’État s’affaiblit : le cas de Bologne et la crise européenne de l’ordre public


Le fait de chroniques survenu à Bologne ne saurait être réduit à sa seule dimension pénale. Comme tout acte criminel, il relèvera de l’appréciation des juridictions compétentes. Sa portée réelle est toutefois plus profonde. Il révèle ce qui se produit lorsque l’intégration échoue durablement et que l’État recule dans l’espace public, laissant la marginalité s’installer comme une condition permanente.
Lu à travers les catégories propres à la tradition juridique et politique française, le cas de Bologne n’est pas une anomalie italienne. Il constitue le symptôme d’une crise européenne de l’autorité publique, née d’une mobilité sans intégration et d’un affaiblissement progressif de l’ordre républicain.

Le fait de Bologne comme rupture du pacte social
Selon les informations rapportées par la presse, le suspect de l’homicide de Bologne est un citoyen de l’Union européenne vivant depuis longtemps dans une situation de forte marginalité, sans intégration stable sur les plans du logement, du travail ou de la vie sociale, présent de manière habituelle dans l’enceinte de la gare. Il ne s’agit donc pas d’un séjour irrégulier au sens juridique, mais d’une présence formellement licite et substantiellement étrangère à la communauté dans laquelle elle s’inscrivait.
Cet élément est déterminant. Il montre que le problème n’est pas l’illégalité, mais l’absence d’intégration entendue comme adhésion aux règles communes. Lorsqu’une présence se maintient dans l’espace public sans lien réel avec la collectivité, l’État cesse d’être perçu comme une autorité et devient un simple spectateur.

L’intégration comme adhésion, non comme coexistence
Dans la tradition républicaine française, l’intégration n’a jamais été conçue comme une simple coexistence des différences. Elle a toujours impliqué l’adhésion à un cadre commun, fait de langue, de règles, de valeurs et de respect de l’ordre public. À ce titre, l’intégration relève du devoir civique et non d’un choix facultatif.
Le cas de Bologne illustre ce qui se produit lorsque cette exigence est vidée de sa substance. Le statut juridique, en l’occurrence la citoyenneté européenne, devient un alibi qui dispense de toute évaluation substantielle du comportement et de la participation à la vie collective. Il en résulte une présence ni véritablement intégrée ni réellement gouvernée.

L’espace public et le recul de l’État
Pour un lecteur français, le lieu où s’est déroulé le fait — l’espace de la gare — est loin d’être neutre. Les gares, à l’instar des quartiers périphériques, sont des espaces symboliques de l’autorité de l’État. Lorsqu’ils deviennent des lieux de marginalité durable, l’État envoie un signal implicite de renoncement.
Le problème n’est pas l’événement isolé, mais la constitution de zones où l’ordre républicain n’est plus exercé de manière effective. Dans ces espaces, l’intégration échoue et l’insécurité progresse, faute d’une autorité publique visible, cohérente et assumée.

Union européenne et responsabilité républicaine
C’est ici qu’apparaît une tension structurelle. L’Union européenne a instauré la libre circulation interne, tout en laissant aux États membres l’entière responsabilité de l’ordre public, de la sécurité et de la cohésion sociale. L’Europe organise la mobilité ; la République en assume les conséquences.
Cette dissymétrie est politiquement fragile. Lorsque l’intégration échoue, aucune autorité européenne n’intervient. L’État national doit faire face seul aux effets, souvent sans instruments adaptés et sous la pression d’un discours qui confond ouverture et abandon de l’autorité.

Intégration ou ReImmigrazione comme cohérence républicaine
C’est dans ce contexte que le paradigme Intégration ou ReImmigrazione prend tout son sens. Il ne s’agit ni d’une mesure punitive ni d’une stigmatisation. Il s’agit de la réaffirmation d’un principe républicain fondamental : il ne peut exister de présence durable dans l’espace public sans adhésion aux règles communes.
La ReImmigrazione n’est pas une sanction pénale. Elle constitue une décision administrative prenant acte de l’échec de l’intégration et refusant que la non-intégration devienne une situation permanente, tolérée au nom d’une conception abstraite de la mobilité.

Le choix européen : intégration commune ou retour de l’autorité étatique
À ce stade, la question dépasse largement le cas de Bologne. Elle concerne l’avenir même de l’Union européenne. Si l’Union devait évoluer vers une véritable communauté politique, dotée d’une intégration sociale commune, de politiques partagées et d’une responsabilité européenne en matière d’ordre public, le problème serait résolu à la racine.
Mais tant que l’Union restera une union de mobilité, sans intégration commune des personnes, les États ne peuvent renoncer à leurs instruments d’autorité. Dans ce cadre, la ReImmigrazione apparaît non comme une dérive idéologique, mais comme une conséquence logique.

Bologne comme signal européen
Le cas de Bologne n’est pas un fait divers local. Il constitue un signal européen. Il montre ce qui advient lorsque l’intégration échoue et que l’État hésite à exercer son autorité dans l’espace public. Sans intégration réelle, il n’y a ni cohésion, ni sécurité, et sans sécurité, l’idée même de République s’affaiblit.
Intégration ou ReImmigrazione n’est pas une provocation. C’est une réponse rationnelle à une crise que l’Europe ne peut plus se permettre d’ignorer.

Avv. Fabio Loscerbo
Avocat – Lobbyiste inscrit au Registre de transparence de l’Union européenne
Registre de transparence de l’UE n° 280782895721-36

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