Quand un Secrétaire d’État américain intervient à la Conférence sur la sécurité de Munich, il ne s’agit jamais d’un simple discours diplomatique. C’est un signal stratégique. L’intervention de Marco Rubio en 2026 doit être comprise comme l’annonce d’un changement d’époque : l’ordre international évolue, et avec lui la manière dont l’Occident devra penser l’immigration.
Pour un public français et européen, la question essentielle est la suivante : le phénomène migratoire n’est plus seulement une question sociale ou humanitaire, mais un élément central de la souveraineté et de la stabilité des États.
Les États-Unis, l’Union européenne et la France en particulier font face aux mêmes défis structurels : pressions démographiques, instabilité géopolitique dans les régions voisines, crise du multilatéralisme classique. Le discours de Rubio s’inscrit dans cette réalité. Il annonce un monde où les États assument davantage la responsabilité de leurs frontières, tout en restant liés par leurs engagements juridiques.
C’est ici que le droit européen de l’immigration doit être compris avec précision.
La protection internationale comprend le statut de réfugié et la protection subsidiaire, fondés sur la Convention de Genève et le droit de l’Union européenne. Ces protections restent un pilier de l’État de droit et ne peuvent être remises en cause.
Mais à côté existe, dans plusieurs systèmes européens dont l’Italie, une protection complémentaire, prévue par l’article 19 du texte unique sur l’immigration italien, qui intervient lorsque l’éloignement d’un étranger entraînerait une violation concrète de ses droits fondamentaux, même si les conditions de la protection internationale ne sont pas remplies.
Cette distinction est essentielle dans le nouveau contexte mondial.
Car un État démocratique doit pouvoir distinguer entre deux situations : protéger la personne vulnérable et gérer de manière ordonnée les flux migratoires. La protection complémentaire permet précisément cet équilibre. Elle n’est pas une faveur administrative, mais une garantie juridique conforme à la Convention européenne des droits de l’homme.
Dans ce cadre, j’ai proposé depuis 2023 un paradigme que j’appelle « Intégration ou RéImmigration ».
Pendant trop longtemps, le débat européen a été bloqué entre deux positions irréalistes : l’ouverture sans conditions et la fermeture totale. Ni l’une ni l’autre ne fonctionne. Une politique migratoire durable doit s’appuyer sur des critères vérifiables : travail, langue, respect des lois. Celui qui s’intègre réellement doit pouvoir rester. Celui qui ne s’intègre pas et qui ne se trouve pas dans une situation de vulnérabilité doit retourner dans son pays d’origine.
Ce n’est pas refuser l’asile. C’est organiser l’immigration de manière responsable dans un monde plus instable.
Le discours de Marco Rubio à Munich n’a pas traité des détails du droit européen, mais il annonce un climat politique qui influencera les décisions administratives, les pratiques préfectorales et les contentieux devant les juridictions. Les contrôles seront plus stricts, les preuves d’intégration plus importantes, les procédures plus rapides.
Pour la France comme pour l’Europe, la leçon est claire : la politique migratoire ne peut plus être seulement idéologique. Elle doit concilier souveraineté, droits fondamentaux et intégration réelle.
Le nouvel ordre mondial qui se dessine ne supprimera pas les droits de l’homme. Il exigera au contraire une application plus rigoureuse et plus responsable du droit. Dans cette perspective, la protection complémentaire et le paradigme « Intégration ou RéImmigration » ne sont pas des positions politiques abstraites, mais des instruments juridiques concrets pour gouverner l’immigration dans le respect de l’État de droit.
Avv. Fabio Loscerbo
Lobbyiste – Registre de transparence de l’Union européenne n° 280782895721-36
Cabinet d’avocat à Bologne, Via Ermete Zacconi 3/A, Italie

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