L’erreur originelle de l’Union européenne : intégrer sans décider qui peut rester

Du point de vue français, la gestion européenne de l’immigration apparaît de plus en plus comme un système incohérent, incapable de fixer des limites claires et de produire de la stabilité sociale. Cette impression n’est pas le fruit d’un malentendu médiatique, mais la conséquence directe d’une erreur politique fondamentale : l’Union européenne a choisi de promouvoir l’intégration sans avoir jamais tranché, de manière claire et contraignante, la question de ceux qui sont autorisés à rester.

L’intégration, dans le discours européen, est devenue une finalité en soi. Elle est présentée comme un processus continu, ouvert, presque irréversible. Mais ce processus n’est jamais relié à une décision préalable sur l’appartenance. L’Union a ainsi remplacé l’acte politique par la gestion administrative, la souveraineté par des procédures, la frontière par des dispositifs techniques.

Le récent rapport OCDE sur les migrations internationales 2025, largement utilisé par les institutions européennes comme référence, illustre parfaitement cette dérive.

L’intégration y est pensée avant tout comme un outil économique, destiné à répondre aux besoins du marché du travail et aux déséquilibres démographiques. Les migrants sont analysés en termes de compétences, d’employabilité, de participation économique. Ce qui manque, ce ne sont pas les données, mais la décision.

À aucun moment l’intégration n’est conçue comme un critère déterminant du droit au séjour. Elle n’est jamais posée comme une condition dont l’échec entraînerait une conséquence claire. L’intégration devient ainsi un horizon indéfini, un processus sans terme, qui tend à légitimer la présence indépendamment de ses résultats concrets.

C’est précisément là que le paradigme Integrazione o ReImmigrazione entre en contradiction frontale avec le modèle européen actuel. Dans ce paradigme, l’intégration n’est ni symbolique ni automatique. Elle repose sur des éléments substantiels : la maîtrise de la langue, le respect des règles communes, l’autonomie économique, l’adhésion aux principes fondamentaux de la société d’accueil. Et surtout, elle implique une alternative réelle. Si l’intégration échoue, le maintien sur le territoire ne peut être considéré comme acquis.

La France connaît bien cette tension. Elle dispose d’un modèle républicain exigeant, fondé sur l’égalité, la laïcité et l’universalité des règles. Mais ce modèle est fragilisé lorsque l’intégration n’est plus assortie de conséquences. Le rapport de l’OCDE, en dissociant systématiquement intégration et droit au séjour, contribue à normaliser cette dissociation au niveau européen.

Le traitement des retours est à cet égard révélateur. Dans le rapport, les politiques de retour sont abordées comme un volet technique distinct, réservé aux situations d’irrégularité formelle ou aux déboutés de l’asile. Elles ne sont jamais envisagées comme l’issue normale d’un parcours d’intégration non abouti. Cette séparation permet d’éviter un débat essentiel : tout le monde ne peut pas, ou ne veut pas, s’intégrer durablement.

En refusant de reconnaître cette réalité, l’Union européenne a supprimé la notion même de limite. Il n’existe plus de point d’arrêt, plus de moment d’évaluation assorti d’effets juridiques. Tout est prolongé, ajusté, régularisé, souvent au prix d’une perte de crédibilité de l’action publique et d’un affaiblissement du pacte social.

Le paradigme Integrazione o ReImmigrazione propose une autre voie. Il ne s’oppose pas à l’intégration, il lui redonne un sens. Il affirme que l’intégration est une condition, non un droit automatique, et que la ReImmigrazione n’est ni une sanction ni un échec moral, mais un élément structurel d’un système migratoire cohérent, lisible et respectueux de la souveraineté démocratique.

Tant que l’Union européenne persistera à intégrer sans décider qui peut rester, elle continuera à produire de l’instabilité juridique, de la fragmentation sociale et une défiance croissante des citoyens. Le rapport OCDE 2025 ne résout pas cette contradiction, mais il la met en lumière. Gérer sans décider n’est pas gouverner.

Avv. Fabio Loscerbo
Lobbyiste inscrit au Registre de transparence de l’Union européenneID 280782895721-36

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