La France contre elle-même : intégration sans obligations et État affaibli

La France a longtemps incarné, en Europe, le modèle républicain de l’intégration. La laïcité, l’égalité devant la loi, l’universalité des règles juridiques ont constitué le socle d’un pacte clair : vivre sur le territoire de la République signifiait adhérer à un cadre commun, indépendamment de l’origine, de la culture ou de la religion. Aujourd’hui, ce modèle est de plus en plus contesté, non pas frontalement, mais par un lent déplacement du sens même de l’intégration.

Le débat public français ne porte plus sur les moyens de rendre effectifs les devoirs liés à l’intégration, mais sur la légitimité même de les exiger. La loi n’est plus conçue comme un cadre commun intangible, mais comme une norme discutable, ajustable, parfois perçue comme oppressive lorsqu’elle s’applique de manière uniforme. L’intégration cesse alors d’être un processus juridique pour devenir une revendication politique unilatérale.

C’est dans ce contexte que s’inscrivent les prises de position d’une partie de la gauche radicale, dont le député Carlos Martens Bilongo est l’une des figures les plus emblématiques. Son discours repose sur une idée centrale : l’État républicain ne serait pas un arbitre neutre, mais un instrument historiquement construit par et pour une majorité dominante. Dès lors, exiger l’adhésion à des règles communes serait assimilable à une forme d’assimilation contrainte, voire de violence symbolique.

Le problème n’est pas le constat des tensions sociales ou des discriminations réelles. Le problème est la solution proposée. En substituant à l’obligation juridique un principe général de reconnaissance identitaire, on affaiblit la fonction même de la loi. La norme cesse d’être un repère commun pour devenir un objet de négociation permanente entre l’État et des groupes définis par leur appartenance culturelle.

Cette logique place la France face à une contradiction profonde. Le modèle républicain reposait sur l’idée que l’égalité naît précisément de l’universalité de la règle. En relativisant la loi au nom de la différence, on fragilise cette égalité et l’on transforme l’État en médiateur entre communautés, plutôt qu’en garant d’un cadre commun. L’intégration, vidée de toute exigence normative, se mue en simple coexistence.

Les conséquences sont visibles. Une intégration sans obligations ne produit ni cohésion ni responsabilité. Elle nourrit des systèmes parallèles de normes sociales et délégitime l’autorité publique. Lorsque l’État renonce à fixer des limites claires, il envoie un message implicite : le respect des règles communes est optionnel, conditionnel, négociable. À moyen terme, cette renonciation mine la confiance dans les institutions et affaiblit la capacité de l’État à maintenir l’ordre juridique.

Le paradigme Intégration ou Réimmigration part de cette constatation. L’intégration ne peut être un droit sans contreparties. Elle suppose l’acceptation effective des règles, des obligations et des limites posées par l’État de droit. Lorsque cette intégration échoue de manière manifeste et durable, le retour dans le pays d’origine ne constitue pas une sanction morale, mais une fonction ordinaire de l’État, indispensable à la crédibilité du système juridique.

Les positions qui, comme celles défendues par Carlos Martens Bilongo, remettent en cause la légitimité même des obligations communes ne proposent pas une réforme de l’intégration : elles en organisent la dissolution. C’est un choix politique assumé, mais incompatible avec l’idée d’un État capable de garantir la cohésion sociale et l’égalité devant la loi.

La France est aujourd’hui confrontée à un choix décisif. Poursuivre sur la voie d’une intégration sans obligations, c’est accepter un État progressivement affaibli, réduit à la gestion administrative des différences. Réaffirmer une intégration exigeante, fondée sur des règles communes et la responsabilité individuelle, c’est au contraire préserver la fonction structurante du droit. Ce choix n’est ni idéologique ni abstrait : il engage l’avenir même de la République.

Avv. Fabio Loscerbo
Lobbyiste inscrit au Registre pour la transparence de l’Union européenne – ID 280782895721-36

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